16 mai 2006
Editorial du numéro 167 des Cahiers de l'afoc - Mai 2006

Pour le droit à une alimentation saine et équilibrée

L'alimentation est l'acte de consommation le plus banal et le plus courant qui soit ; il accompagne toute la vie humaine et conditionne largement la qualité de celle-ci. On sait que les pratiques alimentaires ont un impact déterminant sur la santé. Les consommateurs que nous sommes ont donc le droit d'être pleinement informés des conséquences de leurs choix et de leurs habitudes en la matière. Cependant, force est de constater que ce droit, comme les autres droits fondamentaux, doit être défendu pied à pied. L'actualité nous en donne plusieurs illustrations.

Prenons d'abord la lutte contre l'obésité infantile, fléau dû en large partie aux mauvaises pratiques alimentaires des enfants. Le Conseil National de l'Alimentation (CNA), au sein duquel l'afoc est représentée, a adopté le 30 mars dernier un avis proposant 116 mesures concrètes qui constituent de réelles avancées, au moins en termes de principes posés, en matière d'information, de formation et de recherche notamment.

C'est, par exemple, la promotion de l'allaitement maternel et la proposition de compléter le Code du travail par un allongement du congé de maternité, la création d'un nouveau spécialiste : « l'actiphysicien », le pendant en matière d'activité physique du diététicien dans le domaine alimentaire, ou la demande de mise en place d'un plan stratégique national de recherche sur l'obésité, assorti des financements nécessaires.

En revanche, les représentants des consommateurs ne sont pas parvenus à faire intégrer dans l'avis que la diffusion des publicités pour les produits alimentaires destinés aux enfants soit encadrée en fonction des caractéristiques nutritionnelles des produits et des horaires de diffusion. Un consensus n'a pas été possible non plus pour faire ajouter dans l'avis l'interdiction, dans les communications publicitaires et sur les emballages, de l'utilisation d'arguments nutritionnels ou de santé pour les produits trop riches en matière grasse, en sucre ou en sel. Ainsi l'avis se borne-t-il sur ce sujet à « demander aux diffuseurs d'élaborer, en concertation avec les annonceurs et les associations de consommateurs, des règles d'auto-discipline prenant en compte les produits et les horaires de diffusion ». Une telle formulation présente le double inconvénient d'être vague et non contraignante.

On sait pourtant combien le marketing nutritionnel peut être trompeur : par exemple, les produits dits « allégés » sont parfois allégés en sucre mais alourdis en matière grasse ; les gâteaux industriels vantent souvent leur contenu en fruits ou en lait de manière disproportionnée alors que leur contenu en ingrédients chimiques divers et variés est à peine visible, etc.

Autre exemple, le Programme National Nutrition-Santé (PNNS) mis en place en 2001 pour une durée de 5 ans et visant à promouvoir, dans l'alimentation, les facteurs de protection et à réduire l'exposition aux facteurs de risque. Les propositions de nouvelles stratégies pour le PNNS 2 (2006-2008) formulées dans le rapport du professeur Serge HERCBERG récemment remis au ministre de la Santé ont le mérite de promouvoir la mise en place d'une politique nutritionnelle globale, impliquant l'ensemble des acteurs concernés. Elles font cependant l'objet de critiques de la part des professionnels.

Parmi les mesures visées, la création d'un fonds national de la nutrition qui permettrait notamment de distribuer des chèques fruits et légumes aux populations défavorisées, qui sont particulièrement touchées par le phénomène de l'obésité. En la matière, le gouvernement serait bien inspiré de se pencher sur les destructions massives de fruits et légumes destinées uniquement à soutenir les cours.

La création d'un logo PNNS permettant d'identifier les aliments dont la consommation doit être promue ne fait pas non plus l'unanimité. Or, la mise en place de ces mesures auraient pour effet d'orienter la consommation vers une alimentation saine, gage de progrès en matière de santé publique.

L'intérêt général devrait primer sur les intérêts particuliers : en l'occurrence, il reviendra au gouvernement de trancher, au bénéfice, espérons-le, de l'intérêt collectif. Il lui reviendra également la responsabilité, par rapport à l'avis du CNA comme par rapport aux propositions du rapport du PNNS 2, de garantir que les moyens nécessaires soient effectivement consacrés aux mesures adoptées.

Valérie GERVAIS Secrétaire Générale



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