27 octobre 2006
Editorial du numéro 170 des Cahiers de l'afoc - Sept/Oct 2006

Le 67ème congrès HLM a réuni la semaine dernière à Bordeaux, sous l'égide de l'Union Sociale pour l'Habitat (USH), les quelques 800 organismes bailleurs, publics et privés, qui gèrent les logements sociaux.

Les constats, largement partagés par les intervenants, sont alarmants. La programmation de logements sociaux prévue par les pouvoirs publics sur la période 2005-2009 est notoirement insuffisante : 500 000 logements prévus alors qu'il en faudrait le double. Les besoins ont été sous-estimés car les évolutions sociales ont semble-t-il été mal mesurées (solde migratoire supérieur aux prévisions allongement de la durée de la vie, accroissement du nombre de familles mono-parentales, etc.). On peut se demander pourquoi ces phénomènes, qui relèvent de calculs démographiques simples, n'ont pas été mieux appréhendés. Quoiqu'il en soit, à ces insuffisantes prévisions, s'ajoutent des difficultés administratives et financières qui conduisent à s'interroger sur la capacité qu'auront les organismes HLM à réaliser cette programmation. Parmi les obstacles cités, le plus difficile à surmonter est sans doute l'obstacle financier. En particulier, la hausse du prix du foncier oblige, et obligera encore davantage à l'avenir, les offices HLM à puiser dans leurs fonds propres pour produire de nouveaux logements. En ce qui concerne la vente des terrains appartenant à l'Etat, celui-ci oscille entre la volonté de les allouer au logement social et le désir d'améliorer ses propres recettes, ce qui oriente le coût de construction à la hausse - La politique de défiscalisation menée pour les logements privés (loi de Robien) a également contribué à renchérir le coût du foncier pour les logements sociaux. Cette augmentation des coûts du logement s'est traduite par une hausse sans précédent de la part de leur revenu que les ménages consacrent au logement : celle-ci atteint aujourd'hui 25 %, auxquels il faut ajouter 5% pour l'équipement en matériels du logement. Comme les dépenses d'énergie et de transport augmentent elles aussi considérablement, les ménages voient la part de leur revenu réellement disponible sensiblement réduite. Insuffisance de l'offre de logements sociaux, explosion des coûts, à ces deux constats s'ajoutent un troisième : une localisation de l'offre à revoir. Les choix de localisation ont souvent été effectués sans que l'ensemble des facteurs permettant de bien vivre dans un quartier ait été pris en compte. Ainsi, les logements sociaux ont souvent été cantonnés en périphérie, dans des zones mal desservies et dépourvus d'équipements collectifs. C'est pourquoi a été émise au cours des débats, l'idée d'élaborer, au niveau intercommunal ou au niveau départemental, des contrats de territoires pour l'habitat, sous l'égide des collectivités locales. Une telle initiative pourrait être de nature à favoriser une approche globale intégrant les diverses préoccupations liées au logement (urbanisme, transports, services de proximité, etc.) Les associations de locataires pourraient être utilement associées à cette démarche.

Force est de constater que la politique menée par les pouvoirs publics n'a pas été à la hauteur des enjeux : l'Etat a privilégié l'aide au secteur privé au détriment du secteur social. Le prix du foncier a considérablement augmenté, celui du coût de la construction aussi, alors que l'aide personnelle au logement n'a pas suivi l'inflation. Le coût toujours plus élevé du logement pour les ménages constitue une dérive dangereuse, génératrice d'exclusion : il est du devoir des pouvoirs publics, au premier rang desquels l'Etat, d'en mesurer les risques potentiels et de les juguler.



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