18 juin 2007
Editorial du numéro 174 des Cahiers de l'afoc - Mai/Juin 2007
L'intérêt général avant tout

La loi sur la libéralisation de l'énergie entrera en vigueur le 1er juillet prochain, date à laquelle disparaîtront les monopoles d'EDF et de GDF. Le but affiché est de favoriser la concurrence pour en faire bénéficier les consommateurs, notamment en termes de prix. Or, l'expérience de ces dernières années a abouti à un résultat inverse pour les entreprises clientes qui relevaient des prix dérégulés. Des hausses des tarifs ont accompagné les privatisations qui ont eu lieu en Suède et au Royaume-Uni dans le domaine de l'énergie.

Dans le domaine du transport, les chemins de fer britanniques sont confrontés, suite à la privatisation, à de graves problèmes de sécurité. A la suite de l'accident qui s'est produit fin février entre Londres et Glasgow a été diligentée une commission d'enquête qui a conclu à un état déplorable des infrastructures. L'entretien des voies est confié à de nombreux sous-traitants, ce qui entraîne une dilution, voire une absence de définition des responsabilités.

Dans un autre domaine, la Commission Européenne vient de publier un livre vert sur les services financiers de détail. Le premier objectif affiché est "d'offrir des produits répondant aux besoins des consommateurs (...) grâce à des marchés ouverts, correctement réglementés et grâce à une concurrence effective". Dans le même temps, à l'occasion de la bataille pour le contrôle de la banque néerlandaise ABN Amro, l'économiste Olivier Pastré, juge inéluctable l'accélération des fusions en Europe*. Il met en garde la Commission contre le "grand vent de la concurrence" dans un secteur sensible, dont dépend le financement de l'économie.

Le débat sur les bienfaits de la concurrence est, on le voit, loin d'être clos. Ce qui apparaît en fait clairement, c'est que le principe de concurrence doit faire l'objet d'une sérieuse analyse critique : l'expérience montre en effet qu'il peut souvent déboucher sur des hausses de tarifs, des baisses de qualité ou de sécurité, voire sur la déstabilisation d'un secteur.

Exigeons donc que ce principe soit enfin soumis à l'expertise des acteurs politiques et économiques, ce qui implique l'élaboration de règles d'évaluation, de contrôle et d'encadrement faisant prévaloir l'intérêt général sur les profits à court terme.

Valérie GERVAIS Secrétaire Générale de l'afoc



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