24 octobre 2008
Consommateurs : acteurs et victimes de la Crise

Les engagements garantis par l'hypothèque pris dans un passé récent par les consommateurs américains pour construire leur logement n'avaient aucune chance d'être honorés du fait de leur impécuniosité avérée et de la surestimation spéculative de leur construction, le tout bien connu des politiciens prêts à tout pour assurer la prospérité dopée de leur économie, y compris M. GREENSPAN : Quand le bâtiment va…

Le consumérisme en question : prévention et/ou sanction

Pourquoi les consommateurs américains sont-ils tombés dans ce piège : du fait de leur inclination naturelle à céder au goût du risque multiplié par le besoin d'appropriation individuelle ? certes, mais aussi et peut être surtout par le manque de vigilance - voire de crédibilité ? - d'un consumérisme dont la présence et l'efficacité ne faisaient, vu de l'extérieur, aucun doute jusqu'alors. Les emprunteurs n'ont pas été prévenus contre le redoutable danger des prêts à taux variable, du risque évident de changement de stratégie à l'égard de l'argent facile, de l'éclatement de la bulle immobilière générant des crédits sans support.

Mais si la prévention s'est avérée inexistante, du moins restait-il l'arme la plus redoutable du consumérisme américain, punitive et profitable : « la Class Action » servie par une cohorte d'avocats spécialisés aux dents longues. Las ! Elle s'est avérée complètement inopérante face à des banques en déconfiture. Reste à espérer que l'Etat qui garantit les clients d'aujourd'hui et de demain garantisse ceux d'hier, sûrement plus désargentés, ce qui peut paraître équitable et logique mais ne relève pas de notre compétence d'appréciation territoriale.

Mieux vaut prévenir…

Du moins, nous appartient-il de tirer un premier enseignement majeur de faits historiques et patents. La sanction de la faute apparaît comme un moyen aléatoire de réparation tout au plus pratiqué dans les situations globales ou ponctuelles lisses, voire heureuses, ce qui n'est pas le cas dans notre monde tourmenté.

Nos organisations nationales de consommateurs ont donc été bien inspirées de lutter avec obstination contre le surendettement et les clauses abusives dans toutes les formes d'attribution des crédits. S'il existe en France des créances « pourries », elles tiennent pour l'essentiel à leur importation résultant de la cupidité aveugle de certaines banques ou autres structures financières.

Et qu'en est-il de la titrisation ?

En quoi les consommateurs sont-ils concernés par cette pratique très fréquente ? du fait de l'obligation pour les banques de reconstituer leur niveau de réserve légale à hauteur constante des prêts consentis, ce qui peut les conduire à céder les créances correspondantes fussent-elles « pourries », autrement dit les fameuses « subprimes » dispersées de par le monde. Et cela, les consommateurs peuvent-il l'accepter soit comme épargnants, lorsqu'ils souscrivent à des parts de SICAV monétaires ainsi dopées, soit comme emprunteurs lorsqu'ils constatent que leur contrat de prêt laborieusement élaboré explose au profit d'un nouveau créancier anonyme et aux antipodes ? Dans un passé qui n'est pas si lointain, le ministre des Finances et de la Consommation de l'époque (celui là même qui nous réunissait pour discuter de nos budgets) avait délégué un de ses technocrates pour expliquer aux organisations de consommateurs, conviées pour la circonstance dans la grande salle de réception de la banque de France, l'intérêt pour leurs mandants de la titrisation, mot nouveau pour elles s'il en fût.

Les Pouvoirs Publics ne sauraient se prévaloir d'un accord positif donné à cette occasion. En fait, de fortes réserves furent mêmes exprimées notamment par l'AFOC qui s'est vivement opposée au démembrement de tout contrat de prêt lequel dans sa conception, sa réalisation et sa gestion ne saurait voir éclater sa cohérence globale.

Le problème se pose d'autant plus que le risque d'autres « subprimes » ne saurait être écarté du fait notamment de la perspective d'une récession mondiale.

D'ores et déjà, on peaufine un des meilleurs moyens d'y faire face : le recours au crédit à tout va en mettant les banques en mesure de s'en accorder réciproquement, d'en consentir aux entreprises (PME) et aux particuliers en matière de logement notamment en leur facilitant les choses : baisse des taux, crédits plus accessibles aux budgets touchés par la baisse du pouvoir d'achat, réduction des coûts de construction (maison à 15 euros), baux emphytéotiques…

Cette recette anticrise n'aura rien de national mais les prêts seront plus ou moins bien garantis et les emprunteurs plus ou moins solvables, et donc la titrisation plus ou moins pratiquée mais toujours possible. D'où la nécessité soit de l'interdire, soit d'intégrer les créances titrisées dans la garantie des Etats, ce dont il n'est pas question aujourd'hui. Le risque demeure donc d'autres accidents de type américain.

Et la confiance, Sir ?

Fugitive, « elle arrive au pas, elle repart au galop » ; ombrageuse, méfiante, incrédule, craintive, elle se mérite.

Le français épargnant impénitent peut il faire confiance aux marchés boursiers ?

Peut-être si « la rumeur » véritable institution dictatoriale n'a plus le droit de cité pour susciter des écarts de cours meurtriers et incompréhensibles ; Peut être si la vente à découvert (opération boursière qui consiste à vendre sur un marché à terme un titre que l'on ne possède pas en espérant le racheter à un cours moins élevé) en s'organisant méthodiquement en fait pour parvenir à ce résultat est supprimée ; Peut être Si les hedge funds, qui ne sauraient être concernés par l'emploi et la faim dans le monde et s'en prévalent, ne massacrent plus les entreprises à coup de milliards de dollars ; Peut être si l'Ecureuil arrête de faire tourner la roue des produits dérivés et autres miroirs aux alouettes pour perdre avec application plus de 695 millions d'euros qui heureusement n'appartiennent à personne (sic…) ; Peut être si les délits d'initiés ne continuaient à prospérer.

P. MARLEIX

Président d'Honneur de l'AFOC

Le 22 octobre 2008



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