1er octobre 2004
Editorial du numéro 163 des Cahiers de l'afoc - Janvier 2006
LE GRAND BAZAR DES PRIX

L'empoignade oppose les producteurs qui se lamentent d'être poussés à la ruine par la pression des grandes surfaces, les grossistes qui se plaignent d'être écrasés entre les producteurs et les distributeurs. Les distributeurs, eux-mêmes, minimisent les marges bénéficiaires qu'ils engrangent mais ne peuvent pas répercuter même partiellement au consommateur sous peine d'enfreindre les dispositions de la loi Galland de 1996.

Au bout du compte, c'est le consommateur qui paie comme d'habitude. Celui-ci dispose toutefois d'un moyen de pression à la fois considérable et banal : son porte-monnaie !

Le gouvernement avait placé sa politique économique en s'appuyant sur la relance de la consommation. D'où toute une agitation pour inciter les citoyens à se comporter de manière civique en puisant par exemple dans le bas de laine (du moins pour ceux qui le peuvent).

Seulement différentes « variables exogènes » sont venues perturber cette belle construction intellectuelle (situation politique internationale médiocre, remise en cause des régimes de retraites rendant incertains les projets à moyen ou long terme).

Dans un pareil contexte, la prudence a prévalu, le consommateur se livrant aux effets d'aubaine qui lui sont proposés, comme l'engouement et le véritable succès des soldes semestriels qui ont pour conséquence de concentrer dans certains secteurs (habillement en particulier) le chiffre d'affaires annuel sur quelques semaines.

La consommation ne répondant pas aux espoirs gouvernementaux, il a bien fallu rechercher une raison : le niveau des prix est dissuasif et décourage les achats !

Le ministre de l'économie s'est emparé du sujet. Il a rondement convoqué les protagonistes en y ajoutant une pincée de consommateurs pour faire bien dans le décor.

Un accord a été concocté sous le regard des services du ministère pour aboutir à une baisse moyenne des prix de 2 % en 2004.

Singulière démarche d'un gouvernement favorable au libéralisme économique qui pousse au désengagement de l'Etat mais qui cherche désespérément à reprendre la main lorsque l'incendie fait rage.

La difficulté dans tout cela, c'est que notre pays a adopté depuis pas mal d'années une législation économique en conformité avec la réglementation européenne, laquelle d'essence libérale limite au maximum l'intervention de l'Etat.

Huit ans après avoir promulgué une loi destinée à protéger les producteurs et fabricants face à la puissance de la grande distribution, force est de constater qu'elle a eu pour conséquence de renforcer le pouvoir de négociation de cette dernière.

Une commission, dirigée par M. CANIVET vient d'être mise en place pour réfléchir et proposer des réformes législatives portant sur les négociations commerciales et notamment sur la pratique dite des marges arrières.

Le cadre européen actuel rend cet exercice bien incertain.

Le Conseil français de la concurrence a d'ailleurs été saisi pour savoir si l'accord en question ne tombe pas sous le coup des ententes. Il existerait en réalité une possibilité celle d'une réglementation des prix et des marges (qui sont libres aujourd'hui) pour un nombre limité de produits et de services essentiels et pour une durée déterminée, dans des conditions moins draconiennes que la législation actuelle permettant ainsi sa réelle mise en œuvre et un contrôle efficace de son application.

Le temps de calmer un peu le jeu mais les pouvoirs publics, à défaut de moyens juridiques, en ont-ils la volonté ?

Jean-Claude MAILLY

Président de l'afoc

Le 10 septembre 2004



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