28 novembre 2012
Razzia sur les essais comparatifs ?

Le consommateur cible d'une information au jour le jour

La lecture des quotidiens devient une source d'informations plutôt inhabituelle si on se réfère à un passé encore récent ; c'est ainsi qu'un des journaux à grand tirage du 5 novembre dernier a publié un article très exhaustif sur deux voitures électriques ; le lendemain 6 novembre sur le même quotidien est publiée une page d'informations sur les tablettes 7 pouces fabriquées par APPLE, GOOGLE et AMAZON. A première vue, rien d'extraordinaire sauf que les deux véhicules viennent d'arriver sur le marché en promouvant une technique très performante (480 km sans recharge, 300 km selon l'essai effectué sur les autoroutes allemandes à vitesse non limitée), une esthétique et un confort supérieurs à tout ce qui existe actuellement. S'agissant des tablettes présentes sur le marché, leurs caractéristiques sont analysées et comparées dans tous leurs aspects : mise en main, écran, équipement, impact environnemental, prix. Qui dit mieux ? Qui peut dire mieux ? Les centres d'essais des organisations de consommateurs ? Peut être. Encore faut-il répondre à des conditions de délais très strictes pour des produits en perpétuelle et rapide évolution technologique ; le problème se pose également du point de vue budgétaire : il ne peut être question de respecter la norme de référence qui exige l'achat des produits qui font l'objet de l'essai. Par ailleurs, il n'est pas sûr que l'impact d'un quotidien à large diffusion ne soit pas plus élevé que celui d'une revue consumériste à plus faible tirage.

Reste la vraie question : la qualité de l'information : en clair le risque d'intrusion d'un message publicitaire dans l'étude journalistique est possible mais peu probable ; la perte de confiance du lecteur abusé serait plus préjudiciable que le gain espéré d'une quelconque publicité ponctuelle.

Quelles réactions possibles ?

Mais s'il en est ainsi, quel avenir pour le traditionnel essai comparatif des organisations de consommateurs dès lors que sa protection institutionnelle - l'interdiction juridique faite à quiconque de citer une marque - a disparu avec la publicité comparative ?. Le fait a rarement été souligné sinon jamais. Les publicitaires obsédés par leur fausse imagination créative en ont-ils conscience ? Le consumérisme doit changer son action et élaborer une nouvelle stratégie. Son intervention largement orientée sur l'offre doit se poursuivre mais elle doit plus nettement intégrer l'après consommation : la défense du consommateur doit devenir un référendum permanent de la consommation. Tout cela implique un certain nombre de réflexions qui doivent être conduites de manière consensuelle et collective :
-  les modalités d'intervention des essais comparatifs après l'intrusion des quotidiens tout-venants ;
-  le contrôle de tout ce qui peut être fait dans ce domaine à l'extérieur des centres d'essai ;
-  faire revivre la certification de qualité à l'égard des consommateurs (B to C) et non la réserver presque exclusivement aux professionnels (B to B) ;
-  participer aux organismes de certification et à l'élaboration des référentiels ;
-  exploiter, voire mettre en place tout dispositif à même de recueillir les réactions individuelles des consommateurs par la consommation d'un produit ou d'un service. L'Institut National de la Consommation serait tout indiqué pour prendre une part active à la réalisation de cette structure et à une exploitation collective des enseignements recueillis.

La convergence des multiples réactions individuelles sur internet doit être exploitée comme cela a déjà été préconisé précédemment dans ces colonnes (Cahiers afoc n° 196). Il n'y a pas de raison que les organisations de consommateurs en général et l'afoc en particulier se privent des apports utiles de ce medium pour appréhender l'état du marché des biens et des services et défendent ainsi la cause des consommateurs au mieux de l'information disponible. Razzia ou exploitation abusive de la notion de publicité comparative, en tout cas, une mutation profonde du monde de la consommation

Le Président d'Honneur P. MARLEIX Le 12 novembre 2012


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