Cadmium : pourquoi la France n’agit toujours pas malgré les alertes sanitaires et les solutions

29 avril 2026
engrais

Métal lourd toxique, le cadmium s’invite dans l’assiette des Français depuis des décennies. Principalement issu des engrais phosphatés, il contamine durablement les sols agricoles, puis les cultures — céréales, légumes, pommes de terre. Selon les données disponibles, près de 40 % des adultes et jusqu’à 60 % des enfants en France dépasseraient la dose hebdomadaire tolérable.

Dès 2019, l’ANSES tirait la sonnette d’alarme : la dose hebdomadaire tolérable fixée par l’Europe est de 2,5 microgrammes par kilogramme de poids corporel. Or, l’exposition alimentaire moyenne en France est estimée autour de 2,8 µg/kg/semaine chez les enfants, dépassant donc les seuils de sécurité. Chez certains groupes fortement exposés, ces niveaux peuvent atteindre 3,5 µg/kg/semaine.

Les risques sont bien documentés. Le cadmium s’accumule dans l’organisme, notamment dans les reins, avec une demi-vie pouvant dépasser 10 à 30 ans. Il est classé cancérogène certain pour l’humain et associé à une augmentation du risque de cancers (poumon, prostate, rein), mais aussi à des atteintes osseuses et rénales.

L’origine principale de cette contamination est agricole : les engrais phosphatés peuvent contenir jusqu’à 60 mg de cadmium par kilo de phosphate en moyenne selon leur provenance. Chaque année, plusieurs tonnes de cadmium sont ainsi dispersées dans les sols français. À long terme, cette accumulation est quasi irréversible.

Face à ce constat, certains pays européens ont agi. La Suède ou la Finlande ont fixé des seuils bien plus stricts, parfois inférieurs à 20 mg/kg dans les engrais. En France, la réglementation reste plus permissive, avec des plafonds qui peuvent atteindre 60 mg/kg, et une trajectoire de réduction jugée trop lente par les experts.

 

Pourquoi une telle inertie ?

Les freins sont d’abord économiques. Réduire la teneur en cadmium suppose de s’approvisionner en phosphates moins contaminés, souvent plus coûteux. Pour les agriculteurs, cela pourrait représenter une hausse des coûts de fertilisation de l’ordre de 5 à 15 % selon les filières. À cela s’ajoutent des arbitrages politiques complexes entre compétitivité agricole et santé publique.

Pourtant, les solutions existent. L’abaissement des seuils réglementaires à 20 mg/kg permettrait de réduire significativement l’accumulation dans les sols. Des pratiques agronomiques peuvent aussi limiter le transfert vers les plantes : certaines variétés de blé, par exemple, accumulent 30 à 50 % de cadmium en moins. La diversification des cultures et l’ajustement du pH des sols sont également efficaces.

 

Pour l’Association Force Ouvrière Consommateurs (AFOC), l’inaction n’est plus acceptable. Alors que plus de la moitié des jeunes enfants sont surexposés, les consommateurs ne doivent pas être les victimes invisibles d’un compromis économique. Une politique ambitieuse de réduction du cadmium dans l’alimentation doit être engagée sans délai.

Informer les citoyens, renforcer les contrôles, accompagner les agriculteurs dans la transition : autant de mesures indispensables pour réduire l’exposition. Car au-delà des chiffres, c’est bien la santé publique qui est en jeu — et chaque année de retard accroît un peu plus l’exposition des Français.