En 2027, 300 000 logements pourraient sortir du statut de passoire thermique. Pas parce qu’ils auront été rénovés. Pas parce qu’ils seront mieux isolés. Mais parce que le gouvernement aura changé la manière de calculer leur performance énergétique. Une décision qui interroge sur la priorité donnée à la rénovation des logements et sur les ménages qui en paieront le prix.
Il fallait manifestement trouver une solution aux passoires thermiques. Le gouvernement l’a trouvée : changer la règle de calcul. À partir du 1er janvier 2027, le coefficient de conversion de l’électricité utilisé dans le DPE passera de 1,9 à 1,7. Cette modification, officialisée par un arrêté publié au Journal officiel le 26 août, devrait permettre à quelque 300 000 résidences principales de quitter les catégories F et G.
Ces 300 000 logements ne seront pas nécessairement mieux isolés. Ils ne consommeront pas miraculeusement moins d’énergie. Leurs habitants ne verront pas automatiquement leur facture diminuer. Ils auront simplement une meilleure étiquette.
Un logement classé G aujourd’hui pourra demain être classé F, voire E, sans que son propriétaire ait remplacé une fenêtre, isolé un mur ou amélioré son système de chauffage. Le bâtiment sera exactement le même. Les déperditions de chaleur seront les mêmes. Les défauts d’isolation seront les mêmes. Les difficultés rencontrées par les occupants seront les mêmes. Seule la méthode de calcul aura changé !
Par conséquent, les bailleurs gagnent du temps, les locataires restent dans l’inconfort voire la précarité. Un logement qui sort de F ou de G grâce au nouveau calcul pourra rester sur le marché locatif sans avoir nécessairement fait l’objet des travaux attendus. Pour les propriétaires bailleurs, c’est évidemment une bonne nouvelle. Pour les locataires, c’est une autre histoire !
Espérons que la prochaine étape ne sera pas un nouveau recul des exigences… Effectivement, la pression ne faiblit pas pour assouplir les règles relatives aux passoires thermiques. Le marché locatif est tendu. Les propriétaires dénoncent le coût des travaux. Les professionnels de l’immobilier alertent sur la diminution potentielle de l’offre. Le débat est légitime mais il ne faudrait pas transformer la crise du logement en prétexte pour renoncer progressivement à la lutte contre les logements énergivores.
Evidemment qu’il faut tenir compte des difficultés rencontrées par les propriétaires. Rénover un logement coûte cher. Les aides sont complexes. Les copropriétés peuvent bloquer les travaux. Et certains bailleurs n’ont tout simplement pas les moyens d’assumer seuls une rénovation lourde. Mais la réponse ne peut pas consister à demander aux locataires de supporter indéfiniment les conséquences de logements mal isolés.
Si la rénovation est trop coûteuse, alors il faut renforcer les aides, simplifier les dispositifs, accompagner les propriétaires et accélérer les travaux et non modifier indéfiniment les règles pour que les logements aient l’air moins mauvais.
La question ne devrait pas être « combien de passoires thermiques avons-nous supprimées ? » Mais plutôt, « combien de logements avons-nous réellement rénovés ? Combien de locataires auront enfin un logement chaud en hiver et supportable en été ? Combien de ménages verront réellement leur facture énergétique diminuer ? Combien de propriétaires auront été accompagnés pour engager des travaux ambitieux ? »
Pour l’AFOC, c’est bel et bien à ces questions que devrait se mesurer la réussite de la politique de rénovation énergétique…